Ce recueil de
dix nouvelles essaie de tirer les diverses conséquences qui surviennent
quand la Loi (incarnée par la pression sociale) fragilise les individus
et les vide de leur conscience pour les transformer en suiveurs et en robots.
Le résultat est souvent drôle, mais toujours pitoyable. Ces nouvelles
font le procès de certaines activités irréfléchies
des êtres humains que le discours social a tendance à valoriser
ou à prendre pour acquis, que ce soit au travail ou en vacances, dans
les rapports de couple, de famille ou de groupe. Elles en montrent les ratés
et le fond de vacuité. Elles remettent en question les habitudes, dénoncent
la conformité qui étouffe et détruit, pourfendent l’inconscience
et la rigidité inhumaine ainsi que tout ce qui cherche à aliéner
la liberté intérieure. Ces nouvelles visent à sensibiliser
les lecteurs à un certain absurde social dans l’espoir de rendre
la société plus humaine et de faire gagner du temps.
"Gaëtan Brulotte est de ces auteurs qui ont participé de façon significative à l'histoire récente de la nouvelle québécoise (...). Le Surveillant passe pour un recueil emblématique, qui a contribué à donner une formidable impulsion au genre..." Francine Bordeleau, Lettres québécoises 87 (1997), 14.
"C'est assurément Le Surveillant de Gaëtan Brulotte qui marque le pas (...) ce recueil (...) consacre une rupture et annonce le ton, l'orientation que prendra le genre dans l'avenir. Avec une minutie presque maniaque, Brulotte débusque l'absurde, les faux-semblants, voire l'aspect totalitaire que dissimulent les automatismes de façade, les antagonismes sociaux, les rapports hiérarchiques. Ses personnages illustrent bien ce qu'on pourrait appeler, pour reprendre le titre de Freud, une "psychopathologie de la vie quotidienne". Cependant Le Surveillant raconte moins des histoires qu'il ne dépeint des états, Brulotte n'est plus seulement dans la fiction mais dans la métafiction, et ses textes semblent réfléchir sur le processus même de l'écriture..." Marie Caron, Lettres québécoises, 2000, p. 39.
"Certaines des nouvelles du recueil de Brulotte sont peut-être à compter parmi les meilleurs textes publiés au Québec en 1982, simples, sobres, pourvus d'une sorte d'intelligence de l'émotion originale et riche." René Lapierre, Liberté, avril 1983.
"...un recueil de dix nouvelles d'une rare qualité. [...] une parfaite maîtrise du genre de la nouvelle. [...] Thématique universelle inspirée de petits faits quotidiens, mais non anodins; sens aigu de l'ironie qui feint de ne pas prendre partie pour ou contre mais s'installe au centre même du discours; habileté dans la construction du texte; intelligence de l'écriture d'une limpidité suspecte, tout fait de ce recueil de nouvelles une grande réussite. [...] Le Surveillant est un livre à la fois drôle et grave, chargé de références et d'échos modernes, qui nous dévoile avec sobriété, à peine un frémissement, l'envers dramatique du monde contemporain. " Noël Audet, "L'intelligence de l'écriture", Le Devoir, 18 Déc. 1982, 23.
"Je n'avais pas lu l'Emprise. J'ai donc le plaisir, un peu tardif, de saluer aujourd'hui un écrivain, un vrai, qui sait écrire et qui sait raconter, qui se promène avec une aisance remarquable dans toutes les espèces d'absurde qui composent notre monde. [...] On rit parfois en lisant Gaétan Brulotte. Ce n'est jamais d'un rire franc. Car les situations, même les plus fantaisistes, dans lesquelles il plonge ses personnages ressemblent par trop de traits à celles que nous vivons tous les jours pour que nous n'en éprouvions pas quelque malaise. Les choses pourraient vraiment se passer comme il les raconte." Gilles Marcotte, L'Actualité, avril 1983, 118.